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Flany Ba : Quand la kizomba devient mémoire et identité

 

Aujourd’hui établie à Regina, Flany Ba poursuit un engagement de longue date envers la danse comme outil de transmission, d’apprentissage et de construction communautaire. Artiste, pédagogue et travailleuse en diversité, équité et inclusion, elle accompagne de nombreux·ses étudiant·e·s et danseur·euse·s, tout en contribuant activement au rayonnement de pratiques issues des cultures afrodescendantes. Dans le cadre du dossier consacré à la danse, nous avons souhaité l’interviewer afin de mettre en lumière son expérience, son travail auprès des communautés étudiantes et sa vision d’une danse vivante, en constante évolution, qui continue de se développer et de se partager largement. Entrevue.

 

Pour commencer, peux-tu nous raconter brièvement ton parcours et ce qui t’a menée vers la danse, en particulier vers la kizomba ?

Je suis née et j’ai grandi à Montréal, dans une famille ouest-africaine. La danse a toujours fait partie intégrante de ma vie – je ne me rappelle même pas quand j’ai commencé à danser tellement c’est ancré en moi.

C’est vers l’université que je me suis intéressée aux danses de partenaires. J’ai d’abord exploré les danses latines comme la bachata et la salsa, puis je me suis progressivement concentrée sur des danses de partenaires africaines comme la kizomba et le semba.

Ce qui m’attire particulièrement vers la kizomba, c’est qu’elle incarne mes valeurs fondamentales. J’aime construire des communautés et créer des ponts entre les gens. La kizomba est une danse de communauté qui renforce les liens communautaires et favorise la guérison. Ces aspects se retrouvent également dans mon travail en diversité, équité et inclusion.

 

Comment ton héritage culturel et afrodescendant influence-t-il ta démarche artistique et ton approche pédagogique aujourd’hui ?

Mon héritage culturel fait partie intégrante de mon identité, et j’essaie toujours de l’intégrer dans mes pratiques artistiques et pédagogiques. Le respect des traditions, de l’histoire et de la culture est au cœur de mon approche.

J’apporte une perspective africaine et afrodescendante à mes cours et à ma manière d’enseigner. Par exemple, la notion de Ginga est extrêmement importante pour moi. Elle touche à l’essence même de l’expression personnelle en danse et à la position de la femme, non seulement dans la danse mais aussi dans la société. Les sociétés africaines ont une conception différente de celle des cultures européennes, et c’est fascinant d’inculquer cette perspective dans ma pratique.

Dans mon travail artistique, les cultures africaines m’inspirent profondément. Elles influencent les histoires que je veux raconter, mais aussi les méthodes que j’utilise pour développer, communiquer et transmettre ces récits.

 

De quelle façon intègres-tu l’histoire, la mémoire et l’identité dans ton travail chorégraphique ?

Dans mon travail chorégraphique, il y a souvent une histoire que j’essaie de communiquer. Je fais des recherches approfondies sur les personnes ou les récits que je souhaite raconter, et cela influence directement mes choix : les chansons que je sélectionne, les chorégraphies que je crée et la performance dans son ensemble.

L’histoire, la mémoire et l’identité sont des fils conducteurs qui donnent du sens et de la profondeur à mon travail. Chaque mouvement devient porteur de signification culturelle et historique.

 

Selon toi, quel rôle la danse peut-elle jouer en classe pour célébrer la diversité et ouvrir un espace d’expression pour les élèves ?

Je pense que la danse est une forme d’art parfois mal-aimée au Canada, particulièrement dans l’Ouest canadien. Pourtant, elle est tellement importante ! Elle permet de fortifier la connexion entre le mental et le corps, et offre aux enfants un espace pour s’extérioriser, s’exprimer et dépenser leur énergie de manière saine.

Notre société a trop évolué vers l’immobilité – rester assis, devant des écrans. Nous avons besoin de mouvement. La danse permet aux élèves de s’exprimer tout en gardant leur individualité et en développant leur créativité.

Je crois que la danse est essentielle dans les milieux scolaires et d’apprentissage pour aider les jeunes à se développer de manière équilibrée et saine.

 

Quelle place accordes-tu aux récits afrodescendants dans ton travail, et que souhaites-tu que le public retienne de cette histoire en mouvement ?

Les récits afrodescendants ont une place centrale dans mon travail, car la plupart des danses que je pratique et enseigne sont afrodescendantes. Pour moi, c’est vraiment important d’utiliser ces danses pour élargir la compréhension des gens et les inviter à regarder au-delà de leurs cadres de référence habituels.

Quand j’utilise des danses et des histoires afrodescendantes, j’ouvre l’horizon de mes élèves et de mon public. Je leur explique qu’un mouvement peut avoir une signification dans une culture et quelque chose de complètement différent dans une autre. Cela devient une leçon d’équité, d’inclusion, de tolérance et de compréhension.

Sans les danses afrodescendantes, je ne serais peut-être pas artiste aujourd’hui. Ce que je veux que le public retienne, c’est que ces danses sont bien plus que des mouvements : elles transmettent une culture, des valeurs, une histoire. Pour vraiment les comprendre, il faut s’imprégner des cultures et se plonger dans un univers différent. J’invite donc chacun à découvrir ces cultures et à comprendre le sens caché derrière des mouvements qui peuvent paraître banaux, mais qui ne le sont absolument pas.

 

Pour en savoir plus 
La ruchée offre une panoplie d’activités pour soutenir l’enseignement des arts ou l’utilisation des arts comme moyen pédagogique. 

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